Dieu que le réveil a été difficile ! J'avais décidé d'aller travailler. J'ai longtemps hésité la veille, j'y vais, j'y vais pas ? J'y vais. J'étais persuadée en restant chez moi de finir par sauter du 2ème étage pour stoper la douleur et j'avais encore assez de jugeotte pour me dire que c'était une idée très con con. J'ai donc déjeuné trois céréales en pleurant. Je me suis préparée en pleurant. J'ai passé les 30 min de trajet en voiture à pleurer et puis je me suis garée devant l'école. Et je me suis sermonnée. A coup de "Ma vieille tu vas pas flancher devant les élèves, sois pro, ne laisse pas ce sale petit con t'affecter autant, ne montre rien !" Regonflée à bloc je me vois traverser la cour, entrer, monter l'escalier et croiser une collègue. Et là toutes mes bonnes résolutions sont tombées à l'eau. Elle m'a juste regardée en tendant les bras avec un petit "Viens là !" et je me suis littéralement effondrée. Après moults reniflements je suis entrée dans ma classe. J'avais l'impression d'être une biche apeurée qu'on avait posé là. Incapable de trouver quoi faire, de savoir où me mettre, rien. Je me suis assise à mon bureau, j'ai ouvert mon sac et deuxième collègue est rentrée. "Ca va ?" J'ai du faire une de ces têtes... elle a couru à mon bureau pour me prendre dans ses bras et me faire des tas de bisous. Usine à chouinerie et à morve 2ème round de la journée ! Ca sonne, il faut aller récupérer les monstres en bas. Essuyage de pif, les yeux on repassera ils sont rouges et gonflés. Manquerait plus que je croise un parent d'élève qui ira direct téléphoner à mon inspecteur pour lui annoncer que je me drogue. Je descends, je souffle, je respire, j'ai peur et j'ai mal au ventre. Comme si j'avais reçu des coups. J'ai mal au ventre constamment. Et ça aussi c'était un des symptomes qui allait me poursuivre très longtemps. 3ème collègue, pas au courant encore, j'ai oublié de lui envoyer un sms. "Tu as une tête bizarre". Oh putain, je suis entourée d'élèves et je sens que ça monte. Je vais exploser, non je ne peux pas, pas là. Je commence à pleurer et à l'emmener par le bras dans les toilettes. Les élèves m'ont vu. Merde. Je ne voulais pas ça. Bref, encore usine à chouinerie et à morve 3ème round. Je me refais une beauté et pars affronter mes 20 monstres. J'esquive la question "Pourquoi vous avez pleuré ?" et on monte en classe. Les pauvres. Ils ne savaient pas que toute la fin de leur CM2 était foutue. J'ai fait classe n'importe comment. J'ai improvisé. Jamais je n'ai travaillé ainsi, jamais je ne me suis permise tout ça. Mais j'étais incapable de faire mieux. J'écrivais la date au tableau avec un mal de ventre énorme, en me disant "Ce ne sera plus comme avant". Je reniflais toutes les 3 secondes, je me mordais la langue quand je sentais que j'allais m'effondrer. C'était terrible. La cantine, j'ai mangé trois bouts de je ne sais quoi. Je n'en pouvais plus.
Et le pire dans tout ça... Messenger (Facebook) toute la journée à discuter avec LUI. Je crois que j'en avais besoin. Besoin de comprendre. Je déteste ne rien comprendre. Besoin d'avoir des explications. Il a pris le temps. Je lui ai demandé de venir le lendemain pour qu'on parle face à face. Il a accepté. Plus tard il me le ressortira en héros "Je me suis quand même déplacé je te rappelle." Quel con. C'est moi qui lui ai demandé. Il voulait venir "dans 3 semaines", ben oui n'affrontons rien ! Bref, on a passé la journée à discuter. Je me suis encore pris des tas de reproches évidemment. Il se contredisait sur tout et n'importe quoi. Je commençais à comprendre. Il voulait revivre sa jeunesse. Nos 20 ans, quand il enchaînait les filles et les soirées. C'était tout con. Il n'avait jamais changé. Et là ce n'était que la face cachée de l'iceberg, ce que j'allais découvrir les deux mois suivants allait me faire encore plus ouvrir les yeux.
15h45, je prends mes affaires et je rentre. D'habitude je restais à l'école, finir les corrections, discuter avec les collègues. A partir de ce jour je ne suis jamais plus restée jusqu'à la fin de l'année. Je ne me sentais pas forcément mieux chez moi toute seule. Mais je ne sais pas, je fuyais toutes les situations.
Ce 26 mai a été terrible à vivre. Et cette élève venue à mon bureau "Vous n'avez pas l'air bien. - J'ai mal à la tête. - Ce n'est pas votre mal de tête, pas vrai ? - C'est vrai." CA je n'aurai jamais voulu le vivre !