Il restait un mois avant la fin de l'année scolaire. Ce mois a été terrible. Moi qui suis si investie dans mon travail, je ne faisais absolument plus rien. J'en étais incapable. J'étais à peine capable de me lever et d'être présente. Les nuits étaient affreuses et je ne mangeais toujours pas. Et puis ce mal de ventre, ce putain de mal de ventre qui me tenait et ne s'en allait jamais.
On s'était promis d'être honnête si l'un de nous trouvait quelqu'un histoire de ne pas l'apprendre par une tierce personne. Et c'est là que l'enfer a commencé pour moi. Le véritable enfer. Un dimanche soir, deux jours avant les grandes vacances. Un sms qui m'annonce qu'il a un rencard, que ça va se faire. Je me souviens que j'étais dans le couloir de mon appartement et que je suis tombée. Au sens propre. Mes jambes m'ont lachée. Je suis tombée par terre et je n'arrivais plus à respirer. Je n'arrivais plus à rien, j'étais clouée au sol. Je n'ai pas dormi de la nuit. J'ai vomi alors même que je n 'avais rien dans le ventre. Le lendemain je me suis mise en arrêt. Je ne pouvais plus, je rendais les armes en quelque sorte. Deux jours avant la fin, alros que j'avais promis à mes élèves un film, des jeux, un goûter. Je les ai abandonnés. Je les ai laissés là car je n'y arrivais plus. J'ai inventé une banale histoire d'intoxication alimentaire. Et j'ai sombré au fond de mon lit. Le pire c'est qu'on s'est parlé toute la journée, toute la journée. J'avais envie de le voir, besoin de le voir, besoin de lui prouver que moi aussi je pouvais lui donner ce qu'il voulait. C'est pile à ce moment-là, pile là que j'ai perdu toute dignité. Car oui, j'y suis allée le lendemain et d'autres fois aussi. Les choses étaient claires, pour lui c'était physique et j'ai réussi à lui donner l'illusion que pour moi aussi. Pourquoi me suis-je infligée ça ? Je n'en sais rien. Je m'accrochais à du vent, aux miettes qu'il me donnait, je n'étais plus moi, je n'étais plus rien. 
Et ce putain de portable qui vibrait non stop, des filles rencontrées en soirées, des plans culs, tout pour me faire du mal. C'était horrible, et le plus tragique c'est qu'à force je m'habituais à la douleur. Je me suis habituée à la douleur, à être l'ombre de moi-même, à faire semblant, à mentir. On s'était dit qu'on arrêterait le jour où l'un d'entre nous serait officiellement en couple. Et c'est arrivé, de son côté. L'effet d'une deuxième claque dans la tronche. Sur le coup je n'ai rien senti, à force de recevoir des coups je ne sentais rien du tout. Et pourtant les dommages étaient terribles... Il m'a encore jeté sans ménagement. 7 ans de relation et lui n'a pas vu un seul instant le mal engendré pendant ce mois où nous nous sommes revus régulièrement. Il n'a rien vu. Il m'a utilisée puis jetée. Il n'a rien vu, lui qui soit-disant m'a aimé 7 ans.